À la recherche de l'anaconda vert — notes de terrain, phases 2023-2025
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La Guyane française n'est pas un décor. C'est un territoire de friction — entre ce que les institutions nomment et ce que les corps vivent. Deux phases de terrain, 2023 et 2025, financées par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont conduit ce projet dans des espaces que les cartographies officielles ignorent : les quartiers périphériques de Cayenne, les communautés Bushinengué d'Acarouany — ancien léprosarium près de Mana — et les terrains d'intervention de l'association de réduction des risques AGRRR.
Ce que photographie cette série, ce n'est pas l'exotisme du territoire ni la pauvreté comme spectacle. C'est la relation entre un corps et la terre qu'il occupe. La manière dont la chair et le végétal partagent une même logique de croissance, de marquage, de sacralisation. La Maison des Arts de la Zone à Cayenne est le partenaire local central de ce travail — un ancrage qui permet d'aller là où une présence extérieure seule ne peut pas.
Techniquement : argentique 35mm, Kodak T-Max 400 exposé à 400 ISO, développement à la maison. Le grain n'est pas une esthétique, c'est une nécessité — la lumière de la forêt dense n'est pas négociable. Un backup numérique couleur est utilisé dans les conditions extrêmes d'humidité et de chaleur, mais le négatif argentique reste la matière première de toutes les images présentées.
La troisième phase est en préparation pour 2026. Elle fera entrer ce corpus dans une autre matière : la lithographie. À RHok Académie, où je suis actuellement en résidence, le travail sur le transfert photographique par bitume de Judée et gomme bichromatée ouvre une nouvelle dimension à ces images. Le passage de la lumière argentique à l'encre sur pierre n'est pas une illustration, c'est une continuation du même geste — toucher la surface pour faire apparaître ce qui était invisible.